Défense : cette étude qui montre l'inquiétante dépendance de l'Europe au cloud américain
Un rapport du Future of Technology Institute révèle que 23 pays européens dépendent des services de cloud américains pour leur sécurité nationale
Un rapport du Future of Technology Institute révèle que 23 pays européens dépendent des services de cloud américains pour leur sécurité nationale
Un nouveau rapport publié ce vendredi par le think tank Future of Technology Institute (FOTI) indique que plus des trois quarts des pays européens ont recours à des services de cloud américains pour des fonctions essentielles à leur sécurité nationale. Un constat alarmant autour d'un enjeu essentiel en ces temps de fortes tensions géopolitiques mondiales.
Cette étude, basée sur des informations publiques, a permis d'identifier les principaux contrats dans le cloud conclus par les pays européens avec des fournisseurs américains, comme Microsoft, Google, Amazon et Oracle.
Plusieurs gros pays européens « en risque élevé »
Selon les chercheurs, les systèmes de sécurité nationale de 23 des 28 pays étudiés (Etats membres de l'UE et Royaume-Uni) « semblent reposer sur des technologies américaines ».
Parmi les pays étudiés, 16 « courent un risque élevé face à un potentiel kill switch (mécanisme coupant l'accès aux données et aux services à distance) américain », relève le groupe de réflexion basé à Bruxelles, parmi lesquels l'Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni, trois des principales puissances militaires en Europe. Un seul pays, l'Autriche, a été classé comme présentant un risque faible.
La France est quant à elle classée dans la catégorie « risque modéré », aux côtés de six autres pays comme l'Espagne ou l'Italie. Le ministère des Armées a cherché à se tourner vers des solutions plus « souveraines » en s'éloignant progressivement de Microsoft. Mais ces alternatives reposent encore en partie sur les technologies des entreprises américaines. La France s'est tournée vers Nexium, « une solution cloud consacrée à la défense initialement développée dans le cadre d'un partenariat entre le groupe français de défense Thales et la société technologique américaine Microsoft », précise le rapport.
Bien que les entreprises américaines cherchent à proposer des services de cloud « souverain » qui, assurent-elles, échapperaient à l'emprise de Washington, « cet étiquetage ne résout pas les problèmes de dépendance sous-jacents », a pointé le FOTI. Ces services peuvent être soumis aux exigences de l'administration Trump. La loi américaine permet en effet d'exiger des entreprises qu'elles leur remettent des données, même si elles sont hébergées à l'étranger. Ces entreprises pourraient également être contraintes de suspendre les mises à jour de maintenance et de sécurité en raison de sanctions américaines, soulignent les chercheurs du groupe.
« Un véritable signal d'alarme »
Les gouvernements européens redoutent de plus en plus que des services numériques, liés à la défense notamment, ne soient victimes d'un « kill switch » si les tensions avec l'administration Trump s'intensifient. « La Russie de Poutine mène une guerre contre un pays européen en Ukraine […] mais nous avons également un président américain qui a menacé le Danemark et le Groenland », a alerté Tobias Bacherle, membre du FOTI, lors d'un échange avec des journalistes.
Cette menace d'emprise de Washington a déjà été illustrée l'an dernier, où les Etats-Unis ont privé l'Ukraine de certains services, notamment les images satellites fournies par la société américaine Maxar, après un échange virulent dans le Bureau ovale entre les présidents Trump et Zelensky.
Cette séquence a été « un véritable signal d'alarme », a estimé lors d'un entretien avec des médias Katja Bego, du groupe de réflexion britannique Chatham House.
Interrogée vendredi sur la chaîne de télévision TF1 sur le rapport du FOTI, la ministre française des Armées Catherine Vautrin a répondu que cela souligne combien « la souveraineté est un enjeu majeur ». « La France est absolument dans la course, est totalement mobilisée. C'est fidèle à notre logique de souveraineté », illustrée par la politique de dissuasion nucléaire autonome dont est dotée la France depuis des décennies, a-t-elle dit.
Adrien Da Calva
Par Les Echos
Publié le 17 avr. 2026 à 16:03Mis à jour le 17 avr. 2026 à 16:09






















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